L’être, le paraître et le Guéant

Après les éléments de langage mis en lumière ici même par mon cousin, voici les chiffres qui prennent la parole. Un seul suffit la plupart du temps et on peut lui faire dire ce qu’on veut. Cousin Neuneu (l’autre, le celte, du côté de ma mère), journaliste adepte de la profondeur… d’analyse (on le surnomme Sartre), revient sur cette problématique.

Claude Guéant, ministre de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy, après avoir été secrétaire générale de l'Elysée.

Le Chiffre. Non, pas l’adversaire de poker de l’ami James Bond. L’autre chiffre. Le chiffre en bas de la colonne de statistiques si chère aux gouvernements UMP successifs depuis 2002. Il n’y a plus que cela qui compte dans une République devenue complaisante avec la sécurité. Faire baisser le chiffre en bas de la colonne. Pour cela, tous les moyens sont bons.

Une source policière de ma connaissance vit cela au quotidien, et nous le fait partager : «par exemple à Paris, dans le 92 ou le 93, le délit de fuite n’est plus instruit. Normal, il y en a trop!». Les propos d’un policier (un autre, en uniforme celui-là) après un accident de scooter boulevard de la Chapelle, me reviennent alors en mémoire : «ce n’est pas un problème de police mais de police d’assurance.» En effet, le contrevenant n’en avait pas et s’était… enfui !

Mais ceci n’est rien face aux saisissants objectifs chiffrés de la police de Claude « Vidocq » Guéant! Au coeur de l’été, il fallait «nettoyer» – n’ayons pas peur des mots, mais le kärcher n’a pas été cité – le parvis de la Tour Eiffel. Pour le touriste, première source de revenu de la capitale, il fallait faire place propre. Exit donc vendeurs de répliques et autres attrapes touristes pourtant aussi inoffensifs que des poissons rouge hors de leurs bocaux. Interrogée, une autre source policière de notre connaissance se plaignait cet été de devoir mobiliser ses hommes – et lui même – « sur un dossier visiblement sans utilité, alors qu’une vague de petite criminalité sans précédant sévissait dans les rues de la capitale ». Population visée : Les Roumains. Bizarrement, du côté de la Place Beauvau, on a attendu la rentrée médiatique et le 12 septembre pour sortir du bois via une interview dans Le Parisien/Aujourd’hui en France. Et là encore, les chiffres étaient de sortie : « le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, a estimé, dans un entretien au Parisien du lundi 12 septembre, que les délinquants roumains représentent ‘un déféré sur dix dans la capitale. »

En effet, toujours selon le ministre de l’Intérieur, « sur les sept premiers mois de l’année 2011, il y a eu 4.800 mis en cause roumains interpellés par la police à Paris, contre 2.500 pour la même période en 2010. Ce qui signifie une augmentation de plus de 90%. » ( AFP)

Pourquoi donc avoir attendu jusqu’en septembre pour divulguer le fruit de l’intense travail des calculettes gouvernementales ? Pour remettre au goût du jour la tactique présidentielle de 2007? On n’ose l’imaginer. Pourtant, installer une nouvelle fois les problématiques sécuritaires au coeur de la campagne présidentielle de 2012 semble être un objectif censé pour un régime de droite en quête de réélection.

Mais que dire alors de la dialectique utilisée par Manuel Valls, candidat à la candidature PS, dans son ouvrage L’Energie du changement. Il affirme que « les atteintes aux personnes ont explosé de 23,8% entre 2002 et 2006 (gouvernements de droite), et de 31,3% pour les coups et blessures non mortels. » Les chiffres, encore les chiffres… Sauf que Libération, dans sa toute nouvelle rubrique intitulée « Désintox » datée de ce mercredi, démonte point par point l’interprétation « Vallsienne »: « comme tant d’hommes politiques, le maire d’Evry confond les chiffres de la délinquance enregistrés par la police et la gendarmerie avec la délinquance réelle » écrit Cédric Mathiot (c’est ici pour la totalité de l’article). Sans oublier de préciser que « les atteintes aux personnes progressaient plus fortement entre 1997 et 2002 (gouvernement de gauche), » ce que Manuel Valls oubliait de mentionner dans son argumentation.  Mais nous digressons.

Pour en revenir à la logique électorale de Claude Guéant, elle a fini par s’échouer sur les stratégies communicantes de la primaire du PS, qui a cannibalisé ces derniers jours la couverture médiatique… Ce n’est que partie remise, n’en doutons pas.

En attendant, selon nos mêmes sources policières, dans nombre de commissariats de Seine Saint-Denis, les plaignants doivent revenir 2 ou 3 jours plus tard en raison d’une pénurie de… papier. Un simple problème de chiffres me direz-vous.

Cousin Neuneu (l’autre, le celte)

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2 thoughts on “L’être, le paraître et le Guéant

  1. Ah là ça découpe, ça documenter en perspective, ça mouline dans le mixeur. Au final, j’ai l’impression que les politiques et les policiers (vie de la cité que tout ce monde-là) s’affrontent comme mêlée tongienne et pack bleu. Lettres et le Guéant, les belles lettres de Neuneu et la vacuité des valeurs comptables de la criminalité. En tout cas, c’est tonique, mon ami. Continuez, continuez…

  2. L’être et le Guéant, très joli… Un peu comme la guêtre et le néant…
    « Chez ces gens là, Monsieur, on ne pense pas, on compte, on prie… », disait le grand Jacques. Les maux et les chiffres, les mots et les chiffes … Ah, les gifles qui se perdent!!!

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